Ceux qui la connaissent savent qu’elle n’est plus une nouvelle venue. Et pourtant, c’est bien son premier album, choke enough, qu’on célèbre. En France comme à l’étranger, l’ère Oklou ne fait que commencer.
En tournée promo depuis plusieurs semaines, arpentant les émissions de radio françaises comme les médias spécialisés anglo-saxons, une question revient presque sans cesse : « alors, c’est quoi l’hyperpop ?« , face à une Oklou le plus souvent désemparée pour mettre des mots sur ce buzzword. Après une année 2024 où le terme n’a jamais été aussi en vogue dans les médias, au détour du Brat Summer de Charli XCX, du triple album de son acolyte A.G. Cook, ou encore de l’album posthume de SOPHIE, comment définir un tel agglomérat de diversité artistique ?
Oklou, la trentaine passée et plus de dix ans de carrière derrière elle, voyage dans cette nébuleuse depuis toujours, biberonnée aux productions PC Music, et travaillant avec son alter ego de longue date Casey MQ. Dix années à voyager virtuellement, à découvrir un monde alternatif, celui de la pop difforme, des expérimentations dissonantes et des démos de mauvaise qualité. De quoi, aujourd’hui, avoir trouvé son l’évolution finale ? Tout, sur choke enough, semble comme une évidence. Les planètes sont alignées, les pièces du puzzle s’assemblent, comme si ces jeunes années de réflexion et d’expérimentation dans son coin à Tours se prennent leur forme ultime aujourd’hui, cinq ans après Galore. Et que peut-il vous arriver, au fond, quand Danny L. Harle et A. G. Cook ont désormais rejoint le navire ?
A la recherche de la boucle ultime, dépouillant au maximum l’album de toute forme rythmique, choke enough, dont le titre n’a pas de signification littérale, impose à travers son minimalisme un imaginaire sensoriel immédiat. Il y a quelque chose, dans ces bouts de phrases en décomposition, ces vocalises sous reverb et ces synthés éphémères, de l’ordre de l’obsédant. Tout comme les visuels du clip de obvious, où l’oisif tourne au fascinant. On navigue, d’une pensée furtive, à un moment de vie attrapé au vol, dans l’effluve de textures cotonneuses d’une grande fluidité.
Née artistiquement dans ces inspirations anglo-saxonnes, et comme une forme de pudeur, l’anglais sonnait comme une évidence. Pour évoquer sa solitude, sa relation altérée au réel, ses questionnements existentiels, mais aussi ses souvenirs d’enfance. À cela est contrebalancé une singularité de l’identité qu’elle cultive, quand elle intègre la maison de sa mère, dans le clip nostalgique de family and friends, où qu’elle incorpore des sonorités folkloriques dans sa musique, comme un lointain souvenir des bals traditionnels de son enfance à Poitiers, scène de communion joviale figée dans son esprit. Trompette et flûte viennent, dans une liberté totale et par une magie que l’on peine à expliquer, s’agencer parfaitement autour de bruitages enregistrés dans les rues de Paris au téléphone, ou d’extraits de pistes sonores attrapées sur Youtube.
Comme une fenêtre sur un univers fantaisiste, une parenthèse s’ouvrant au-dessus d’un monde cacophonique en pause – celui du réel comme du numérique – choke enough apaise comme il trouble, cherchant à contrebalancer toujours plus loin la profondeur et vulnérabilité de ses propos introspectifs dans cet horizon sonore enfantin. « And if I choke up now / Oh, will this life grant me the space? / Oxygen’s level down / Or will it bring me face-to-face? », désarçonne Marylou Mayniel d’une voix innocente sur le titre éponyme, dans une quête de sensations et de repères. Une reconnexion avec le réel, quand l’image d’un soi fantasmé finit, inexorablement, par fondre et laisser place aux émotions. On éteint tout, et on respire un grand coup.
choke enough – Oklou (2025)
