Une programmation longuement teasée derrière le nouveau mastodonte Fontaines D.C. en arme de premier plan, et une billetterie carburant en amont, qu’a donné cette nouvelle édition de la Route du Rock à Saint-Malo ?
Sur place, peu de nouveautés nous attendent depuis cette précédente édition rythmée et réussie. Le Fort de Saint-Père, rouvrant ses douves pour cette cuvée 2026, nous surprend positivement avec un jeudi qui paraissait bien sage sur le papier. C’est pourtant d’entrée de jeu qu’une Cate le Bon à l’aura injouable nous embarque avec son band au soleil couchant. Une case de début de festival et de soirée pas simple, mais le talent de la Galloise a marqué les esprits. Se suivent successivement les vétérans The Divine Comedy pour le côté orchestral en charentaises, le duo révélation pop expérimental norvégien Smerz, mais surtout Darkside et son duo de machines plongé dans les ténèbres. Un périple sombre tout en subtilités qui prend définitivement toute son ampleur sur scène.
Le vendredi prend quant à lui véritablement son envol scène du Fort, dans une nuit qui traîne à pointer son nez, avec les attendus Mogwai. Les Ecossais, assurément le groupe avec le plus de décibels de la soirée, déroule comme à son habitude un post-rock / shoegaze tout en montagnes russes, avec quelques touches vocales subtilement insérées. Toujours aussi magistral. L’autre highlight dans cette deuxième journée bien légère prend le relai après une courte pause sur la même scène puisqu’il s’agit de Baxter Dury. Le Britannique, qui est devenu presque un membre de la famille à force de le voir squatter les scènes françaises, écrase toute forme lassitude par un show sans renouveau mais d’une efficacité toujours aussi redoutable. Ça prend, toujours.
Après une petite frustration face à ce vendredi léger, c’est un samedi totalement boursouflé qui s’ouvre à nous. Un grand écart assez violent, presque à se demander si le festival n’a pas tout misé volontairement sur cette journée. La soirée s’ouvre d’emblée en douceur avec les timides Snuggle, le duo de Copenhague, ajout de dernière minute, qui a sorti l’un de mes albums préférés de 2025 avec goodbyehouse. Aldous Harding, sur la grande scène, installe avec une prestance déconcertante et fascinante son univers folk. Beau moment avec un public hypnotisé face à cette voix incroyable. Plus tard, c’est l’excitation d’enfin découvrir sur scène Kurt Vile, lui qui ne cesse de sortir des albums road trip aussi bons les uns que les autres. À la hauteur, sans grande surprise, le Philadelphien qui chante l’amour de sa ville enchante avec ses mélodies mélancoliques et ses guitares qui déraillent. Je rate, hélas, un peu trop la sensation indie rock Friko, qui se retrouve prise en étau entre ce cher Kurt et la tête d’affiche de la soirée. Dans une foule démesurée pour un site pas extensible, l’excitation est palpable pour accueillir des habitués qui reviennent avec cette fois avec un statut tout autre. Et un public bien plus garni. Fontaines D.C., scénographie des grands soirs, est définitivement rodé à l’exercice du live depuis toutes ces années, et fait l’étalage d’une setlist véritablement injouable, de Dogrel à Romance, en se permettant même d’inclure deux inédits qui sortiront sur le prochain album Dopamine Chamber. Cerise sur la gâteau, les Irlandais accueilleront même Kurt Vile sur Roman Holiday.
Une Route du Rock réussie et ensoleillée comme jamais (de là à faire un lien ?), moins orientée guitares qu’à une époque mais plus riche dans ses propositions indie. Dans son bilan des festivités, l’organisation communique avoir accueilli plus de 30 000 festivaliers, meilleure fréquentation de ces douze dernières années. Une satisfaction, on l’imagine, tant le festival a lutté ces dernières années post-Covid pour trouver un équilibre artistique et financier. À l’année prochaine pour de nouvelles galettes saucisses, plages et découvertes musicales.